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Jeudi 24 Juillet 2008

Être maire en Algérie :Un général sans soldats !
On l’appelle «Sid Raïs» ou simplement «Lmir», le président de l’APC en Algérie est, aux yeux de la population, celui qui construit et distribue les logements, qui crée de l’emploi et recrute, qui s’occupe de l’hygiène, du problème d’eau, de l’assainissement, de la réfection des routes et des trottoirs… enfin de tout ce qui est lié à la vie quotidienne des citoyens.Les présidents d’APC auraient aimé que tout cela fût une réalité, eux qui savent que leurs prérogatives sont très limitées. En effet, si la logique veut que les règles qui régissent le fonctionnement et le rôle des assemblées élues aident l’élu à accomplir sa mission, la réalité est tout autre. L’élu est sous l’autorité de l’administration, alors que le code communal stipule que le maire est l’officier de police judiciaire dans sa commune. Aujourd’hui, le maire est élu par la population mais obéit aux instructions d’un commis de l’Etat.
En effet, les communes sont, de l’avis de plusieurs élus, régies par un code communal dépassé «qui doit être mis à jour». «Le code communal date de 1990. L’évolution de la situation en Algérie exige qu’il soit actualisé pour mieux s’adapter à la réalité», nous a déclaré M. Missoum Reda, président de l’APC de Oued Koriche dans la wilaya d’Alger. Pour ce jeune élu, être maire aujourd’hui est très difficile, mais pas impossible. «Les restrictions et autres limitations de nos prérogatives ne nous empêchent pas de travailler et de réaliser certaines missions», souligne M. Missoum. Même s’il reconnaît que le président d’APC ne dispose pas d’importantes prérogatives, notre interlocuteur explique que la personnalité du maire joue un rôle important dans la gestion des collectivités locales. «Parfois, des élus n’exercent même pas leurs prérogatives», regrette M. Missoum qui appelle, par ailleurs, à la clarification des relations entre l’élu et l’administration. «Je demande plutôt aux représentants de l’administration de lire le code communal afin qu’il se renseignent sur leurs prérogatives», indique le président de l’APC.
Par ailleurs, le maire de Oued Koriche appelle les autorités à revoir la décision accordant au chef de daïra la mission de distribuer le logement social. «C’est une prérogative des élus locaux. Aujourd’hui, les critères pour bénéficier d’un logement sont inscrits sur une feuille de pointage qui ne prend pas en considération le côté humain. Il suffit dans ce cas de mettre en place un logiciel», déclare-t-il.
De son côté, M. Bouzid Amara, président de l’APC de Tazmalt dans la wilaya de Béjaïa, souligne que la restriction des prérogatives transforme le maire en agent de l’administration. Le président de l’APC n’a aucun statut. Il a une double casquette de représentant de l’Etat et de la population, mais sur le terrain, il se retrouve souvent face à des situations dangereuses, sans rien pouvoir faire», affirme M. Amara et d’ajouter que la restriction des prérogatives discrédite l’élu aux yeux de la population.
Le président d’APC, explique notre interlocuteur, a le rôle de maître d’ouvrage dans les marchés conclus dans le cadre des Plans de développement communal (PCD). «C’est la seule responsabilité du président d’APC», précise M. Amara. En revanche, dans le cadre de l’aménagement urbain (éclairage public, réfection des trottoirs, embellissement de la ville)… le maître d’ouvrage reste la direction de l’urbanisme. Lorsque les travaux ne sont pas réalisés ou le sont mal, les citoyens accusent les élus», regrette le maire de Tazmalt et d’expliquer que les élus locaux ne disposent pas d’une capacité réelle d’intervention en ce qui concerne le développement local, en général, notamment la gestion du foncier et le contrôle de l’urbanisme.
Un autre élu résume la situation : «On confie au chef de daïra la distribution des logements sociaux et aux maires la démolition des constructions illicites.»
Le Quotidien la Tribune : 24-07-2008 Par Chafaa Bouaiche

publié par Equipe Blog dans: Les élus
Vendredi 18 Juillet 2008
Missoum Mohamed-Rédha, président de l'APC de Oued Koreich

«La volonté à elle seule ne suffit pas,il faut des moyens»

 

Agé de 36 ans, ce jeune maire est à son 2e mandat. Formé en droit et en marketing, il est à la tête de l'une des 57 Communes les plus démunies d'Alger, manquant d'importantes infrastructures de base.
Ce jeune FLNiste est chanceux d'avoir une jeune équipe de terrain dynamique, ambitieuse et qui travaille sans
casquettes partisanes.
Fait rare mais qui incarne l'émergence d'une classe de gestionnaires qui ne reculent pas devant la différence et
l'insuffisance des moyens.
Le P/APC Mohamed-Réda relate ici les projets tracés et les idées préconisées pour faire sortir une belle cité algéroise de sa torpeur et de son isolement.

Propos recueillis par Fouad O.

Quel bilan faites-vous de la gestion des huit mois écoulés ?

Une fois installés, nous avons abordé, sans perdre de temps, le travail effectif, alors que des APC sont encore en phase de reconnaissance.
Nous avons l'avantage de nous connaître et, de par l'expérience, ayant été moi-même vice-président, nous avons misé sur les compétences, ce qui a facilité l'entame du mandat et a permis de s?attaquer directement aux problèmes.
Quoique l'APC de Oued Koreich n'ait pas un budget conséquent lui permettant d'émerger et de disposer de moyens adéquats au règlement de tous les problèmes, notre équipe, en majorité composée de réélus, a fait un bond qualitatif,notamment en ce qui concerne le volet «projets».

Peut-on connaître la nature de ces projets ?

Par ordre de priorité, les secteurs de l?éducation et le sport s'imposent d'eux-mêmes.
A commencer par la restauration de 14 établissements scolaires qu'on a dotés de terrains matico pour être en phase avec la relance du bac et du BEM sportifs.
En plus du projet de la grande salle de sport au chef-lieu et une autre à Scala, nous avons les projets du marché couvert, du parking, de la bibliothèque municipale ainsi que l'aménagement d'espaces verts et des aires de jeux, dont deux à Diar El Kef et à Frais-Vallon.
Nous nous attelons à lancer un programme de restauration des mosquées, sans oublier le programme de goudronnage qui a touché d'ores et déjà 60% des quartiers et ruelles de la commune, dont certains pour la 1ère fois depuis 1980.
Le réseau d'assainissement est à 90% renouvelé, sans vous dire que l'aménagement des trottoirs et le rétablissement des barreaux rouges sont une obligation.
La construction de l'antenne administrative de Beau-Fraisier et une bibliothèque au niveau de la Cité Pérez font partie d?un programme d'urgence.

Qui dit projets, dit création de postes d'emploi. Qu'en est-il pour les jeunes de la commune ?

Nous avons décidé d'officialiser les jeunes chômeurs de la localité qui font du gardiennage au noir et ce, dans le cadre du rétablissement des parkings sauvages et la réhabilitation des placettes.
Nous avons également, dans le cadre du programme du président de la République, cent locaux aux environs d'El Kettar.
En outre, la construction du marché communal doté de toutes les commodités drainera des postes et permettra d'en finir avec les désagréments des marchands ambulants.

Qu'en est-il des projets pouvant générer une source fiscale locale au moment où les collectivités s'orientent vers la gestion indépendante ?

Je crois que le marché communal est une source financière pour la commune de par le loyer des espaces qui va assurer une rente importante.
D'autre part, nous nous apprêtons à appliquer la loi de 1997 relative à la révision des loyers des logements communaux.
Enfin, nous réfléchissons également sur des projets rentables. Il y a des idées, je ne veux pas anticiper. Ce dont je suis sûr, c'est qu'il y aura certainement une amélioration dans les recettes.

Certaines APC ont agréé la construction de centres commerciaux rentables pour la recette locale. Qu?est-ce que vous en

pensez ?

Je ne partage pas l'idée d'implanter un petit centre commercial dans chaque coin mais, ici à Oued Koreich, nous avons opté pour une zone d'activité commerciale au coeur de la commune, tout en mettant à la disposition des commerçants et des citoyens les commodités nécessaires dans une dynamique de symbiose.
Je crois qu'avant de penser à l'investissement, il faut d'abord penser au transport qui lui est étroitement lié, voire indispensable.
Oued Koreich est une commune sise au coeur de la capitale mais paradoxalement isolée. Pour parvenir de Bab El Oued à Oued Koreich, par exemple, il n'y a pas de moyens.

Vous vous situez sur un site où le téléphérique sied parfaitement. Avez-vous pensé à doter la commune de ce moyen de locomotion efficace et non encombrant ?

Nous nous sommes en effet fixé comme priorité de rompre avec l'isolement. Permettez- moi d'annoncer l'imminence du lancement de la réalisation de deux lignes téléphériques reliant Oued Koreich et Bouzaréah d'un côté, et Oued Koreich et Zeghara de l'autre.
Pour les dessertes latérales, nous voulons ouvrir des lignes de transport urbain : l'une joignant la place Saïd Touati (ex-Ferhani) à la Beaucheraye, en plus des deux autres lignes reliant Ferhani à Beau-Fraisier et Ferhani-Sidi Bennour. Notre veou le plus cher est le rétablissement de la ligne de transport entre le l i e u - d i t Askri H'cène e t l a Grande-poste qui existait dansles années 1980.
Les propositions sont faites à qui de droit et nous espérons une suite favorable.

Y a-t-il un secret derrière la propreté de votre commune, du moins sur les principaux axes ?

Le seul secret, me semble-t-il, est le travail du groupe. En effet, nous sommes des jeunes volontairement impliqués pour sonder, enquêter et écouter les préoccupations de la collectivité.
L'intervention de nos partenaires Asrout et Netcom est très sensible.
Des équipes de bâtiment, quoique réduites, s'impliquent pour ramasser les gravats. Mais c'est surtout grâce à la sensibilisation inlassable des citoyens qui réagissent favorablement à nos appels pour un cadre de vie sain.
Nous n'avons certes pas atteint le top, mais les améliorations sont considérables.
Dans le cadre du travail estivant, nous allons aider des jeunes à oeuvrer dans le ramassage des gravats au niveau de la
commune.
A notre niveau, il n'y a pas de distinction entre accès principal et accès secondaire.
Des programmes sont prévus pour les 4 sites qui rencontrent encore des problèmes. Nous nous attelons au suivi du curage des avaloirs pour prémunir la commune des débordements causés par les pluies orageuses de l'hiver.
Les zones à risques se trouvent sur l'axe Beau- Fraisier / Diar El Kef.
Une équipe de lutte contre les constructions illicites travaille à la sensibilisation des citoyens d'abord, pour ensuite appréhender les anarchiques.

Quel programme avez-vous justement prévu pour reloger les populations nécessiteuses de la commune ?

Il y a des zones non urbanisables, classées en G3, comme au niveau de la carrière Jobert où un programme de reboisement est prévu pour pallier les glissements de terrain.
Je dois aussi dire que l'APC ne peut rien construire car les programmes se font au niveau de la wilaya.
Mais on peut proposer les zones d'accueil de programmes de logements et exprimer nos besoins comme à Sidi Bennour

qui est une zone où l'investissement est moins coûteux.

Esthétiquement, le site pourra servir à un grand projet intercommunal, du type promotionnel, donnant sur la baie d'Alger. La capitale doit avoir une empreinte urbanistique spécifique jusque-là délaissée. On doit réfléchir sur l'aspect culturel et touristique d'Alger et penser à des projets de dimension nationale.
Construire des logements oui, mais construire utile c'est mieux.
Il est temps d'arrêter de tourner le dos à la mer, comme l'a si bien dit le wali délégué.

Que prévoyez-vous pour reloger les habitants des bidonvilles et des logements menaçant ruine ?

Il y a des sites occupés qui bloquent des projets anciens, comme celui du complexe sportif au niveau de la carrière Jobert.
Nous avons 9 000 baraques réparties sur des assiettes pouvant accueillir d'importants projets.
A Fontaine Fraîche aussi on réfléchit à des logements et autres infrastructures esthétiquement réalisables.
Le site Djenane Chalon, considéré comme «le Hydra de Oued Koreich», est aussi occupé par les bidonvilles.
Au quartier Climat de France, où l'empreinte du célèbre architecte Pouillon témoigne de la splendeur du site, des aménagements peuvent être apportés pour lui redonner sa vraie valeur esthétique.

 Un dernier mot ?

Les idées ambitieuses ne suffisent pas, i l faut avoir les moyens de sa politique.
Nous avons grande confiance en les hautes autorités, dont messieurs le wali, le wali délégué, le P/APW et son vice-président, auprès de qui nous avons trouvé encouragement et disponibilité.

Quotidien :Le Jour D'ALGERIE - Jeudi 17 juillet 2008

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